Médiation et artistes

Le rapport de l'artiste à la médiation - ou plus précisément puisqu'il est bien question d'humain - du lien professionnel qui relie l'artiste et le·a médiateur·trice : états des lieux et perspectives

Questionner "la médiation et l'artiste", également au cœur des recherches du groupe de travail Médiation et artistes, mène à des réflexions multiples et ouvre un champ d'interrogations sur plusieurs aspects de la médiation en art contemporain. Dans le meilleur des cas, le·a médiateur·rice fait le lien entre l'artiste, son ou ses œuvre·s, son exposition et les publics. Mais il arrive que l'artiste se retrouve lui-même en situation de devoir assurer une ou des médiation·s, notamment lorsqu'il est en résidence, en établissement scolaire, ou dans le cadre de programmes tels que Culture-Justice ou Culture à l'Hôpital. Or les métiers d'artiste et de médiateur sont bien différents et tout comme le médiateur ne crée pas forcément d'œuvre, l'artiste ne fait pas forcément un bon médiateur. Nous centrerons donc ces premières réflexions sur les relations entre médiateur·rice et artiste plasticien·ne et, en particulier, sur le rapport de l'artiste à la médiation.

La médiation comme outil d'accession au travail de l'artiste 

Il y a autant d'artistes que de situations, certains parmi eux, déjà sensibilisés, par expérience ou simplement curieux, sont ouverts aux questions et aux enjeux de la médiation qui sera faite autour de leur travail. Ils vont s'intéresser et collaborer au déploiement d'outils écrits et oraux qui seront mis en place dans l'exposition et tout contexte de transmission ou de monstration. Au travers de discussions et d'échanges, ils n'hésitent pas à transmettre en amont toute la documentation existante sur leur pratique afin de pouvoir dégager les grandes problématiques qui régissent leur démarche, avoir des clefs de lecture des œuvres et des entrées possibles dans leur travail. Si l'artiste peut trouver une valeur ajoutée à la médiation de ses œuvres, ce sera peut-être dans la rencontre avec le public, menée au travers de différentes actions, au sein des structures. En effet, le·la médiateur·rice est certainement la personne qui parle le plus du travail de l'artiste durant toute la période du projet / de la résidence / de l'exposition. Le travail de co-construction entre médiateur·rice et artiste invite à un espace de réflexions communes. Ce moment privilégié permet de cerner les différentes approches à installer auprès des publics. Il paraît donc opportun de se questionner sur la mise en relation qui peut s'opérer en amont des projets et permettre une mise en œuvre de la médiation dans de bonnes conditions. Travailler de façon collaborative en amont passera nécessairement par le lien que le commissaire créera entre les artistes et l'équipe de médiation dès le début du projet de résidence, d'exposition ou d'événement (biennale, festival…).

Médiateur·rice / programmateur·rice quelles relations ?

Pouvons-nous travailler en direct avec l'artiste en amont de l'exposition, sans passer nécessairement par le·la commissaire ou la direction artistique ? Intégrer la médiation en amont du projet d'exposition nécessite un lien entre commissaire, directeur·rice et médiateur·rice. Cela nécessite aussi une certaine fluidité dans les échanges et la construction des projets de la structure. Nous constatons qu'en fonction des structures, le lien entre médiateur·rice·s et artistes est parfois bien présent mais parfois aussi inexistant ou insuffisant. Il en est de même pour le lien entre commissaire·s et médiateur·rice·s : il arrive que l'artiste découvre seulement à la fin de l'exposition les outils mis en place pour la médiation, voire, n'en n'ait jamais connaissance. Comment faire pour que le schéma artiste < médiation > direction artistique puisse se mettre en place et facilite les échanges ? Peut-être en insistant sur l'amélioration en termes de sens que la mise en place d'échanges réguliers (de la conception à la réalisation du projet) apporterait aux médiateur·rice·s, eux·elles-mêmes en contact direct avec les publics via les œuvres et donc, indirectement, aux artistes. En effet, une meilleure appréhension par le public des enjeux et des problématiques d'une exposition ouvrirait les perspectives et les opportunités. C'est un cercle vertueux qui, sur le long terme, renforce la connexion du public avec le travail des artistes et donc, par ricochet, avec les artistes eux·elles-mêmes.

L'artiste-médiateur

Le terme artiste-médiateur peut revêtir plusieurs significations en fonction des contextes. Dans la majorité des cas, il suggère la possibilité d'avoir un artiste intervenant polyvalent. En effet, celui-ci devrait mettre à profit ses recherches et son travail artistique au service de projets participatifs avec des publics parfois spécifiques (personnes âgées, personnes en situation de handicap, sous main de justice, quartiers prioritaires, publics dits difficiles ou éloignés de la culture, etc). Prenons l'exemple de Microsillons, collectif créé en 2005 à Genève par Marianne Guarino-Huet et Olivier Desvoignes, rencontrés par des membres du LMAC en 2013. Bien qu'ils n'utilisent plus que le terme artiste aujourd'hui, ils ont longtemps combiné les deux métiers dans une volonté de partager les regards et d'intégrer les artistes dans le processus éducatif. Cela soulève néanmoins la question des statuts et parfois des problématiques de missions : par exemple embaucher un artiste sous le statut de médiateur en termes de rémunération mais dans un rôle d'artiste-intervenant. Autre exemple : il arrive fréquemment qu'il soit demandé aux artistes en résidence-mission ou de territoire d'animer des ateliers de pratique artistique en direction de publics divers (scolaires, centres de loisirs / CLAE, familles) or, l'aisance des artistes dans ce type d'exercice ne va pas de soi. De fait, ils le font souvent par dépit plus que par choix, l'action culturelle étant généralement plus rémunératrice que l'activité artistique.1 Dès lors, comment éviter que l'artiste se retrouve en difficulté dans le rôle de médiateur·rice, qui est un métier en soi ? Comment la présence d'un·e médiateur·rice peut faciliter un partage d'expérience, de compétence ? Et ainsi faciliter le déroulement du projet ? Certainement en étant dans les bonnes pratiques, comme le préconise la charte d'Arts en Résidence qui suggère de limiter à 30% maximum du temps de résidence les actions de l'artiste en direction des publics et en définissant bien les attentes vis-à-vis des artistes dès le départ ; ainsi qu'au moment de la contractualisation, ou du conventionnement, en respectant le but premier de la résidence et en ayant une personne référente qui devra accompagner le volet médiation-liens aux publics de la résidence.

1. Journées professionnelles organisées par Air de Midi en 2017 intitulées Faire Société : Enjeux et perspectives de l'art contemporain en région Occitanie / Pyrénées Méditerranée

La médiation en temps de résidence artistique

Rares sont les résidences qui ne demandent aucune forme de médiation aux artistes qui y séjournent. Cela peut varier en fonction du type de résidence : création, recherche, production ou mission, mais il reste important pour la personne en charge de la médiation de s'interroger sur la position à adopter entre l'artiste et les publics sur des temps de résidences, qu'elles soient participatives ou non. D'où l'importance du rôle du·de la médiateur·rice qui bien souvent, en fonction de la taille des structures, devient malgré lui·elle coordinateur·rice de projet. Celui-ci aura effectivement pour mission d'accompagner les artistes dans sa relation avec les publics alors que ceux-ci sont sur le point de vivre une expérience des plus singulières : celle d'être dans un nouvel environnement et d'avoir du temps, du matériel et un budget pour créer. On pourrait croire qu'une résidence n'apporte que des avantages aux artistes qui ont la chance d'en bénéficier mais tout n'est pas si simple. En effet, les attentes sont importantes vis-à-vis des artistes en résidence à qui il est demandé une grande adaptabilité. Ils se retrouvent souvent loin de leur famille sur un temps long, ils doivent le cas échéant parler une autre langue et le rythme de travail parfois imposé par la structure d'accueil, les divers interlocuteurs (directeur·rice, équipe de régie, de médiation, de communication, administrative), les relations avec les autres artistes, les partenaires : financeurs publics, privés, fournisseurs, associations, journalistes, etc. Tout cela peut représenter une charge importante de travail et devenir chronophage, au détriment du temps de la recherche ou de la production. Souvent vague ou ambiguë dans les contrats de résidence, il est compliqué de tirer une règle universelle claire et exhaustive de ce que doit accomplir un·e artiste en résidence et notamment sur le plan de la médiation, chaque structure s'adaptant en fonction de ses moyens et/ou de ceux des artistes. Nous constatons néanmoins que les demandes varient beaucoup d'une structure à l'autre ainsi que sur la forme que prennent ces interventions.
 

Sensibilisation à la médiation en école d'art

Certain·es membres du LMAC sont intervenus dans 3 écoles d'art de la Région Occitanie pour parler de médiation et le constat a été fait que les étudiant·es n'étaient - dans le cadre de leur formation initiale - pas, ou peu, ou mal informé·e·s sur ce qu'était la médiation. Comment expliquer cette lacune alors qu'ils seront amené·e·s lors de projets d'expositions ou de résidences d'en avoir une appréhension ?
Nous avons constaté qu'il y avait peu de connaissance sur ce qu'est la médiation par manque de sensibilisation dans les programmes pédagogiques en école d'art à ce sujet. Souvent, il y a des idées reçues sur la médiation qui serait une interface venant orienter le regard, considérant que l'œuvre doit parler d'elle-même. Sans en faire une généralité, des quelques expériences et discussions menées, quand nous évoquons la médiation, ils y préfèrent le terme de transmission, paradoxe notion intrinsèque à notre métier. Nous ne donnerons pas de chiffres erronés, et bien que nous ayons tout à fait conscience que la mission première d'une école d'art soit de former des créateurs dans la perspective qu'ils émergent et s'affirment en tant qu'artistes, il serait intéressant, et cela fera l'objet d'une autre recherche, de s'interroger sur les métiers après l'école. Un certain nombre s'oriente vers le design, le graphisme, la production, la régie, la médiation. Seule chose que nous pouvons avancer, 30% des membres du LMAC sont sorti·e·s diplômé·e·s d'une école d'art...